| Thème : Placement en milieu de travail
Lorsque
j’ai commencé à enseigner à l'école
pour sourds et aveugles de Anuradhapura, au Sri Lanka, je
savais que ce serait une expérience exigeante. Or, à ma grande surprise, le défi à relever,
ce ne fut pas tant de trouver la façon de communiquer
avec ces enfants que de faire face à la réalité
de leur vie quotidienne, rude épreuve à laquelle
fut soumis mon système de croyances.
Avec mes yeux d'occidentale, je n'ai d'abord
vu que ce qu'ils n'avaient pas. Des choses «de base»
comme des oreillers, des draps propres, des moustiquaires,
ou encore des livres et des jouets : tout ça brillait
par son absence! En outre, la plupart des parents ne pouvaient
payer les frais de pension mensuels. Et, comme la majorité
des fonds gouvernementaux étaient affectés
à la poursuite d'une guerre civile vieille de presque
20 ans, il restait très peu d'argent à consacrer
aux services sociaux. Par conséquent, l'école
dépendait des dons pour pratiquement tous ses achats
de nourriture.
Au début, j'étais à
la fois fâchée et bouleversée : comment
des enfants pouvaient-ils vivre de la sorte, dans de telles
conditions? Envahie par un fort sentiment de frustration,
je me demandais ce que je pourrais bien changer dans tout
ça. Or, cette grande frustration m'empêchait
d'établir des rapports véritables avec les
enfants. Puis, un jour, au cours de ma deuxième semaine
à l'école, une des jeunes filles, me voyant
pleurer près de l'arrière du bâtiment,
me fit signe de la suivre; m'entraînant de l'autre
côté des montagnes d'ordures, elle s'arrêta
devant un buisson portant de magnifiques fleurs roses. Sourire
nerveux aux lèvres, elle en cueillit une pour me
la tendre. C'est alors que j'ai commencé à
réaliser que, malgré leurs conditions de vie,
ces enfants savaient apprécier la beauté et
la bonté d'une façon qui, jusque-là,
m'était inconnue.
Chaque jour, ils m'accueillaient
avec de grands sourires et un ardent désir d'apprendre
qui m'ont instruite sur la vigueur de l'esprit humain face
à l'adversité. Ces enfants avaient peut-être
perdu la vue ou l'ouïe, mais – et c'est cela
le plus important – ils étaient encore capables
d'apprendre, de rire et d'aimer. Je me suis bientôt
rendu compte que le cadeau que j'avais à offrir à
ces enfants, était mon temps et mon énergie;
je devais faire en sorte que chacun d'eux puisse se sentir
spécial à mes yeux. Ça n'avait pas
à être compliqué : jouer aux cartes
avec eux, les regarder danser ou sauter à la corde,
et les trouver bons (sans oublier, bien sûr, de le
leur dire). Ces enfants n'étaient pas invalides,
mais différemment valides. La perception que j'avais
d'eux a changé, et, du même coup, ma capacité
à travailler auprès d'eux a grandement augmentée.
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