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   Tricia Sharpe : C-B / Sri Lanka (2000-2001) ::
Thème : Placement en milieu de travail

Lorsque j’ai commencé à enseigner à l'école pour sourds et aveugles de Anuradhapura, au Sri Lanka, je savais que ce serait une expérience exigeante. Or, à ma grande surprise, le défi à relever, ce ne fut pas tant de trouver la façon de communiquer avec ces enfants que de faire face à la réalité de leur vie quotidienne, rude épreuve à laquelle fut soumis mon système de croyances.

Avec mes yeux d'occidentale, je n'ai d'abord vu que ce qu'ils n'avaient pas. Des choses «de base» comme des oreillers, des draps propres, des moustiquaires, ou encore des livres et des jouets : tout ça brillait par son absence! En outre, la plupart des parents ne pouvaient payer les frais de pension mensuels. Et, comme la majorité des fonds gouvernementaux étaient affectés à la poursuite d'une guerre civile vieille de presque 20 ans, il restait très peu d'argent à consacrer aux services sociaux. Par conséquent, l'école dépendait des dons pour pratiquement tous ses achats de nourriture.

Au début, j'étais à la fois fâchée et bouleversée : comment des enfants pouvaient-ils vivre de la sorte, dans de telles conditions? Envahie par un fort sentiment de frustration, je me demandais ce que je pourrais bien changer dans tout ça. Or, cette grande frustration m'empêchait d'établir des rapports véritables avec les enfants. Puis, un jour, au cours de ma deuxième semaine à l'école, une des jeunes filles, me voyant pleurer près de l'arrière du bâtiment, me fit signe de la suivre; m'entraînant de l'autre côté des montagnes d'ordures, elle s'arrêta devant un buisson portant de magnifiques fleurs roses. Sourire nerveux aux lèvres, elle en cueillit une pour me la tendre. C'est alors que j'ai commencé à réaliser que, malgré leurs conditions de vie, ces enfants savaient apprécier la beauté et la bonté d'une façon qui, jusque-là, m'était inconnue.

Chaque jour, ils m'accueillaient avec de grands sourires et un ardent désir d'apprendre qui m'ont instruite sur la vigueur de l'esprit humain face à l'adversité. Ces enfants avaient peut-être perdu la vue ou l'ouïe, mais – et c'est cela le plus important – ils étaient encore capables d'apprendre, de rire et d'aimer. Je me suis bientôt rendu compte que le cadeau que j'avais à offrir à ces enfants, était mon temps et mon énergie; je devais faire en sorte que chacun d'eux puisse se sentir spécial à mes yeux. Ça n'avait pas à être compliqué : jouer aux cartes avec eux, les regarder danser ou sauter à la corde, et les trouver bons (sans oublier, bien sûr, de le leur dire). Ces enfants n'étaient pas invalides, mais différemment valides. La perception que j'avais d'eux a changé, et, du même coup, ma capacité à travailler auprès d'eux a grandement augmentée.


 
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